12 mars 2006

Discrimination positive : l'arbre qui cache la forêt

Et bien ca y est, avant même son élection, les fans de Sarko mettent en oeuvre son programme.
ainsi TF1 recrute un noir comme homme tronc du 20heures. Ou plutôt comme numéro 2. Faut pas pousser non plus.

Depuis le début, moi cette histoire de discrimination positive, je la sentais pas trop. Peut-être parce qu'elle était essentiellement soutenue par des types dont les arrières-pensées me paraissaient un peu voyantes. Presque autant que quand la droite se met à militer ardemment pour la laicité, 20 ans après les manifs contre le projet de Loi Savarit, et la défense de l'école libre "menacée" par l'école laique.

La discrimination positive présente selon moi plusieurs inconvénients.
Elle ne règle pas le problème principal, à savoir le rejet d'autrui pour des raisons ethniques, religieuses ou autres. C'est juste un morceau de sparadrap qui en visant à pallier la sous-représentativité de minorités, n'influera pas, au mieux, sur la perception de l'autre, et donnera même certainement un motif supplémentaire de détestation: "y'en a toujours que pour les mêmes et ils se plaignent". Finkielkraut n'haranguait-il pas, il y a peu, les Noirs qui ne font rien qu'à se plaindre, alors que la France leur a tout donné?

Elle donne l'illusion de l'action, par l'écremage des minorités en question (le cas de Roselmack est extreme, c'est vrai). Or sont-elles le plus concernées? En général, pas ou peu de problèmes pour ceux qui ont un bon niveau d'études, qui ont les moyens de sortir de la cité.
Je parle du moins pour moi ( et de ce que je constate autour de moi), je me considère pas comme confronté quotidiennement au racisme, j'ai trouvé un bon boulot (là, je suis vraiment chanceux...), un logement et tout ca. C'est à des gens comme moi que cette mesure bénéficiera d'abord. Ceux qui galèrent en bas de l'immeuble continueront à le faire.

Mes souvenirs les plus douloureux sont plutot liés aux rapports avec les flics. Mais de ce coté-la, l'"affirmative action" aux US n'empèche pas les flics américains de partager les préjugés des notres ( je sais, faut pas géneraliser...). De plus, les prisons américaines sont remplies de Noirs comme ici, d'Arabes, ce qui montre bien le caractère cosmétique d'une telle mesure. La mythologie construite autour de la discrimination positive a pour emblèmes Condoleeza Rice et Powell. Ils sont l'arbre qui cache la foret. On l'a bien vu avec Katrina à la Nouvelle-Orléans.
Elle permettra au politique de se dédouaner, en prétendant avoir agi en faveur de minorités, alors qu'elle aura conforté sa domination sur celles-ci, dépendantes qu'elles seront des quotas fixés d'en haut. D'ailleurs, comme le remarque fort justement Schneidermann, que Sarkozy soit aux premières loges dans cette affaire n'est pas des plus rassurants quant à l'indépendance de la nouvelle recrue. On jugera sur pièces (enfin pas moi, je regarde jamais la une).

En revanche, puisque cette mesure n'agit que sur ce qui se voit, et comme nous sommes dans une démocratie représentative, il est nécessaire d'appliquer l'affirmative action en politique. On ne peut demander à des noirs ou des arabes de se sentir français, si aucun noir ou arabe ne figure parmi le personnel politique. On peut esperer grace à cela que des voix plus variées pourront se faire entendre, alors qu'aujourd'hui, bien souvent, les rares specimens, issus de l'immigration des anciennes colonies françaises en sont réduites à donner des gages à la pensée dominante. Voir Malek Boutih et ses propositions sur l'immigration, jugées courageuses par nombre de commentateurs de droite, trop heureux d'entendre dans la bouche d'un Arabe la confirmation de leurs préjugés honteux. Je me souviens du même Boutih dans "Ripostes" expliquant la faiblesse économique des maghrébins par le fait qu'ils gardaient leur pognon pour s'acheter des belles bagnoles pour aller au bled se construire des villas somptueuses. Ca je crois que même Le Pen n'avait jamais osé.

Enfin, et selon moi le plus grave, on feint d'oublier que le racisme est dans ce pays un délit. La discrimination positive donne le sentiment d'excuser le phénomène, un peu comme on légaliserait les drogues faute de ne pouvoir ( ou de ne vouloir?) lutter contre. Et ca aussi ca peut décomplexer les cons. Si simplement on appliquait les lois de ce pays, si on punissait les employeurs qui discriminent, les proprios qui refusent systématiquement les noms trés exotiques avec la même véhémence qu'on agit contre les accidents de la route, alors les mentalités changeraient, les habitudes aussi.
Mais pour cela on agirait contre ceux-qui sont censés vous élire. Et contre cette formidable machine éléctorale qu'est la peur de l'autre.